« 2016 : quelques doutes subsistent »

Affaires économiques

Troisième avis annuel de la Fondation IDEA a.s.b.l.

Marc Wagener, Directeur chargé des affaires courantes, Fondation IDEA

Avec son troisième avis annuel sur la situation et les perspectives socio-économiques du Luxembourg, la Fondation IDEA a.s.b.l.[1] continue de contribuer à la destruction créatrice d’idées reçues. Cette publication placée sous le signe « des doutes » offre une analyse originale de la situation conjoncturelle nationale et internationale, et explore « 5 risques » qui menacent l’allant luxembourgeois. Cette année, actualité oblige, il est en plus proposé un éclairage thématique sur la réforme fiscale qui est même assorti d’un plan fiscal IDEA(L).

 

Situation conjoncturelle : 2016, croître (un peu) sans y croire (beaucoup) (pages 10 à 35)

Selon les dernières prévisions économiques du FMI[2], la croissance mondiale devrait atteindre 3,2% en 2016 (après 3,1% en 2015). C’est légèrement mieux, mais moins qu’anticipé[3].

Dans les économies avancées, l’embellie est plus ou moins terne et durable. Si les Etats-Unis confirment leur robustesse, la prudence est de mise face aux défis et incertitudes internes comme au ralentissement des échanges mondiaux. Le Japon, lui, croît (très) modestement et rejoue des scènes devenues célèbres, confirmant une fragilité tenace.

Du côté des pays émergents, le tableau est plus contrasté avec des situations de renouveau ardent (Inde) comme de péril imminent (Brésil).

La zone euro a retrouvé un certain dynamisme en 2015 et devrait poursuivre sur cette lancée en 2016 - à la faveur, dans une large mesure, d’un alignement toujours favorable  des astres : l’euro est faible, la Banque centrale européenne affermit sa politique monétaire accommodante, les taux d’intérêt sont bas, la pression sur les finances publiques est relativement moindre, et le pétrole est bon marché. Pour autant, tous les pays membres n’ont, finalement, pas affiché une croissance positive, ce qui aurait été une première depuis 2008. Ainsi, après six années de profonde récession, en 2014, la Grèce avait laissé entrevoir une lueur d’espoir, qui s’est rapidement éteinte face à la perspective d’une sortie de la zone euro. L’économie héllène a donc replongé en 2015 et « quelques doutes subsistent » pour 2016... A l’opposé, l’Irlande, mais aussi l’Espagne, qui ont elles aussi vécu la débâcle, ont connu une solide expansion. Pour autant, tous les stigmates de l’austérité sont loin d’avoir été effacés. En outre, au-delà des succès individuels, l’année 2015 a porté un coup aux projets communs que 2016 ne semble, pour l’heure, pas en mesure de remettre d’aplomb. La pérennité de ce redressement n’est résolument pas assurée et le risque d’un retournement desASTREux plane indubitablement, alimenté par un trio infernal (menace déflationniste, fragilité de la reprise, marges de manœuvre réduites des politiques budgétaires et monétaires).

 

Et au Luxembourg ? (page 36 à 40)

La croissance économique - qui, si elle ne peut pas tout permet quand même beaucoup - devrait s’élever à 4,8% au Luxembourg en 2015, soit le deuxième taux le plus élevé observé dans le pays depuis la crise.

La conjoncture favorable a notamment profité au marché du travail et confirmé l’attractivité comme la compétitivité du pays. Le solde des Administrations publiques est resté positif en 2015 (pour la cinquième année consécutive), un nouveau surplus est prévu en 2016, le taux de chômage a diminué (6,5% en février 2016) et l’emploi total intérieur (salarié et non salarié) a progressé de plus 10.000 unités[4].

Mais cette situation encourageante ne doit nullement conduire à sous-estimer le risque de dérapage « imprévu » dans un petit pays ouvert, très sensible aux soubresauts conjoncturels et aux chocs « importés », difficilement prévisibles et absorbables. Il ne faut pas non plus négliger l’ampleur et le coût des défis économiques et sociétaux futurs du Grand-Duché (vieillissement, éducation, diversification économique, investissements publics et privés, logement, transports, intégration des travailleurs étrangers comme des migrants, etc.).

Aussi après avoir présenté l’année dernière « 7 distorsions à corriger », nous soumettons cette année le « Club des 5 » [5] risques qui pourraient stopper l’allant luxembourgeois (pages 41 à 49).

1. Les risques géopolitiques

Dans quelle mesure le BREXIT, les sanctions européennes contre la Russie et la menace terroriste pourraient-ils affecter l’europhile Grand-Duché ?

2. Les risques économiques

Quels impacts auraient sur l’économie luxembourgeoise un Grexit, un éventuel dérapage des finances publiques ou la perspective d’une nouvelle crise mondiale?

3. Les risques technologiques

Le marché du travail sera-t-il uber-isé, les fintechs seront-elles plutôt concurrentes ou complémentaires de la place financière?

4. Les risques réglementaires

Quel sera le coût d’adaptation aux nouvelles règles du jeu économique mondial pour le Luxembourg ?

5. Les risques sociaux et sociétaux

Du système de protection sociale au fonctionnement du marché du travail, les perspectives de mutation sociale et sociétale sont multiples. Ne menacent-elles pas le(s) modèle(s) luxembourgeois ?


Quelques commentaires sur le projet de réforme fiscale présenté le 29 février 2016
(pages 52 à 61)

Le Gouvernement a présenté le 29 février 2016 « sa » réforme fiscale[6] qui entrera en vigueur le 1er janvier 2017. « Equité, durabilité et compétitivité »  sont les maîtres mots et principaux objectifs de cette réforme qui entend renforcer le pouvoir d’achat des ménages, faciliter l’accès au logement, renforcer la compétitivité des entreprises et rendre plus « écologique » le parc automobile national. Les « changements » introduits permettent-ils d’atteindre les objectifs[7] communiqués ? 


Le plan fiscal IDEA(L)
(pages 62 à 71)

Ce plan n’est pas une alternative au projet de réforme envisagé par le Gouvernement et présenté le 29 février mais « pourrait » constituer son « complément avec valeur ajoutée ».

Les motifs principaux de ce plan, qui repose avant tout sur les forces de l’économie luxembourgeoise, sont d’atténuer les facteurs de complexité inutiles du système fiscal actuel, de le rendre plus équitable et (davantage encore) favorable à l’activité.


[1] Voir l’encadré en fin de document pour un descriptif au sujet de la Fondation IDEA a.s.b.l.

[2] Fonds monétaire international, Avril 2016, Perspectives de l’économie mondiale.

[3] Fonds monétaire international, Janvier 2016, Perspectives de l’économie mondiale. Le FMI projetait alors une croissance de 3,4% du PIB mondial pour 2016 (3,6% en octobre 2015).

[4] Entre décembre 2014 et 2015.

[5] La Fondation IDEA a.s.b.l. invite « tout le monde » à compléter cette liste de risques…

[6] Qui sera davantage détaillée lors du prochain discours sur l’état de la Nation.

[7] Sans nécessairement discuter de la question du « bien-fondé » des objectifs en question.