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Confiance sous pression, réformes en attente

Affaires économiques
Informations économiques sur le GDL

Baromètre de l’Économie du 1er semestre 2026

De g. à d. : Carlo Thelen, directeur général de la Chambre de Commerce, Christel Chatelain, directrice Affaires Economiques, Jil Brimaire, Economiste © Matthieu Freund-Priacel, Primatt Photography

Dans un contexte géopolitique instable, marqué par les conflits internationaux et leurs répercussions sur les prix de l’énergie et des matières premières, la 15e enquête du Baromètre de l’Économie du 1er semestre 2026 dresse un constat préoccupant. Menée entre le 13 avril et le 5 mai auprès de 621 entreprises luxembourgeoises, elle met en lumière les difficultés auxquelles elles sont confrontées. En recul par rapport à l’édition précédente, le score global atteint 49,4 points1, renouant avec des niveaux historiquement bas.

Une chute de la confiance comme un appel clair à l’action 

Si 73% des entreprises se déclarent confiantes quant à leur propre avenir, un niveau certes modéré mais relativement stable depuis 2022, ce ressenti contraste fortement avec la nette dégradation de la confiance dans l’avenir de l’économie nationale. En baisse de 30 points par rapport à la période pré-Covid, cet indicateur atteint son niveau le plus bas niveau depuis la création du Baromètre de l’Économie en 2019.

L’activité subit également de plein fouet les effets d’un environnement mouvant, volatil et fragile. Les anticipations formulées fin 2025 pour les six prochains mois et la réalité observée au niveau de l’activité, divergent fortement. Alors que 17% des entreprises prévoyaient un recul de cette dernière, près du double ont finalement constaté une baisse au 1er semestre 2026. A cela s’ajoute la faiblesse des anticipations positives de l’activité pour la 2e moitié de l’année ; des prévisions similaires avaient été observées durant la crise sanitaire, révélant un manque de visibilité et une prudence des chefs d’entreprise.

Parallèlement, la rentabilité des entreprises est, à nouveau, sous pression, pénalisée par la hausse des coûts de production. Ainsi, 36% des entreprises déclarent une baisse effective de leur rentabilité au cours des six derniers mois. Les perspectives demeurent tout aussi pessimistes : 27% des entreprises anticipant une nouvelle dégradation de leur rentabilité au cours des six prochains mois. 

Un ralentissement économique qui se propage aux investissements et aux projets 

Souvent une variable d’ajustement en période d’incertitude, un entrepreneur sur cinq indique avoir réduit ses investissements au cours des six derniers mois, et une proportion identique prévoit de le faire dans les six mois à venir. Cette tendance inquiète quant à la capacité des entreprises à s’adapter durablement aux transformations économiques et technologiques.  

Dans ce contexte de repli, la formation suit également la tendance à la baisse. Seules 56% des entreprises déclarent avoir lancé ou poursuivi un programme de formation au cours des douze derniers mois, soit un recul de sept points en un an. Il s’agit du niveau le plus faible jamais enregistré par le Baromètre de l’Économie, à égalité avec 2020, en pleine crise sanitaire. Un signal d’alerte, alors que les besoins de formation n’ont jamais été aussi importants pour adapter les compétences des salariés aux nouvelles réalités économiques et technologiques. 

Un élément positif émerge toutefois : au niveau des priorités d’investissement pour 2026 et 2027, la part des entreprises prévoyant des investissements immatériels liés à l’intelligence artificielle (IA) a doublé en un an. « C’est cette capacité de transformation, au sein même d’un contexte de polycrises, qui sera déterminante pour préserver la compétitivité dans la durée » souligne Christel Chatelain, Directrice des Affaires Économiques de la Chambre de Commerce. 

Une simplification administrative qui peine à se faire ressentir sur le terrain 

Malgré l’ambition affichée par le Gouvernement en matière de simplification administrative, les entreprises peinent à percevoir les effets concrets de cette intention politique. Seules 2% d’entre elles constatent une amélioration au cours des douze derniers mois, soit le niveau le plus bas enregistré depuis la création du Baromètre de l’Économie. Seul le premier semestre 2019 avait atteint un niveau similaire. Un constat d’autant plus préoccupant que, dans plusieurs secteurs, aucun répondant ne déclare avoir perçu une simplification administrative concrète. 

« Notre Baromètre témoigne d’un 1er semestre morose, alors même que 2026 a été annoncée comme l’année de la compétitivité. Si les mesures décidées lors de la tripartite sont des mesures d’urgence et de court terme, il est à présent indispensable de renforcer durablement les conditions permettant aux entreprises de rester compétitives. Cela passe par des réformes structurelles, une simplification administrative effective et des conditions appropriées, permettant aux entreprises d’investir, d’innover et d’attirer les talents sur le long terme » souligne Carlo Thelen, Directeur Général de la Chambre de Commerce.  

Recruter de la main-d’œuvre ne suffit plus : il faut aussi la fidéliser  

Depuis 2019, le manque de main-d’œuvre s’impose comme l’un des deux principaux défis mis en avant par les entreprises luxembourgeoises. Aujourd’hui, l’enjeu est double : attirer les talents, mais également les retenir. C’est pourquoi la Chambre de Commerce a consacré la partie thématique de son enquête au recrutement et à la rétention de la main-d’œuvre. 

Au cours des deux dernières années, 91% des entreprises ont eu besoin de recruter, dont une sur cinq de manière intensive, soit plus de 20% de leur effectif. Parmi elles, 90% ont rencontré des difficultés. Le diagnostic est sans appel : près d’une entreprise sur deux évoque une inadéquation des compétences, à laquelle s’ajoutent des exigences salariales jugées déconnectées et des qualifications insuffisantes. Ces trois freins pèsent fortement sur le recrutement.  

Les tensions sont particulièrement marquées pour les profils en début ou en milieu de carrière (0-8 ans d’expérience) : 87% des entreprises déclarent rencontrer des difficultés à recruter ces talents. Conséquence directe : 65% des répondants constatent une surcharge de travail pour le personnel existant.   

Dans un même temps, une transformation progressive des attentes des candidats potentiels est observée, notamment en termes de rémunération et de flexibilité. Pour y répondre, 80% des entreprises ont déjà mis en place, ou envisagent de déployer, des mesures incitatives destinées à attirer et fidéliser leurs collaborateurs. La flexibilité des horaires, l’amélioration des conditions de travail et les perspectives de développement constituent les principaux leviers mobilisés. 

La hausse des départs volontaires - observée par 35% des répondants au cours des cinq dernières années - place la rétention des talents au rang des enjeux stratégiques. L’analyse selon le lieu de résidence au moment du recrutement montre que ces difficultés sont légèrement plus marquées pour les résidents que pour les frontaliers.  

1 Le score global correspond à la moyenne des 7 indicateurs de conjoncture : activité (des 6 derniers mois et 6 prochains mois), emploi, rentabilité et investissements des 6 mois à venir, ainsi que la confiance dans l’avenir (de l’entreprise et de l’économie luxembourgeoise). 

Carlo Thelen, directeur général de la Chambre de Commerce © Matthieu Freund-Priacel, Primatt Photography
Christel Chatelain, directrice Affaires Economiques © Matthieu Freund-Priacel, Primatt Photography
© Matthieu Freund-Priacel, Primatt Photography