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Tribune Eurochambres - Le coût d’une Europe non compétitive

Europe & Union européenne

Dans un contexte économique volatil et marqué par une croissance atone, 2026 s’annonce comme une année décisive. « Il est essentiel de rétablir la compétitivité des entreprises et de soutenir les investissements dans l'appareil productif pour assurer le financement de nos modèles sociaux », avertit Fernand Ernster, Président de la Chambre de Commerce du Luxembourg. À l’aube des échanges des dirigeants politiques européens à Alden Biesen, la Chambre de Commerce relaie et partage les recommandations d'une tribune d'Eurochambres, l'organisation faîtière rassemblant les Chambres de Commerce et d'Industrie européennes, et de son Président Vladimír Dlouhý.

« Les chefs d’État et de gouvernement de l’UE se réuniront le 12 février au château pittoresque d’Alden Biesen, dans l’est de la Belgique, pour ce que le protocole européen qualifie de 'retraite' des dirigeants. Loin de tout repos, de toute introspection ou de tout renouveau spirituel, ils y débattront de la manière d’accélérer le progrès - jusqu’ici très limité - de la compétitivité européenne, près de dix-huit mois après la publication du célèbre rapport Draghi. Si les coûts hypothétiques de la « non-Europe » ont été largement documentés au fil des années, les coûts bien réels d’une Europe non compétitive ne cessent aujourd’hui d’augmenter, sous l’effet conjugué de facteurs externes et de dysfonctionnements internes. De plus en plus d’entreprises européennes se retrouvent prises en étau. Les stratégies tournées vers l’exportation, largement adoptées ces dernières années pour saisir de nouvelles opportunités sur les marchés émergents, les exposent désormais à des risques accrus liés aux tensions géopolitiques, aux droits de douane et aux autres barrières commerciales. 

En même temps, se recentrer sur le marché européen signifie évoluer dans un marché unique fortement réglementé, où subsistent de nombreux obstacles à la libre circulation. On pourrait s’attendre à un large consensus politique pour que l’UE réponde à l’incertitude mondiale en redoublant d’efforts afin de restaurer le multilatéralisme et de conclure des accords avec des partenaires partageant les mêmes valeurs. Hélas, certains responsables européens semblent déterminés à aller dans la direction opposée. L’exemple le plus récent est l’accord UE-Mercosur, gelé pour une durée pouvant aller jusqu’à deux ans par une courte majorité de députés européens, quelques jours seulement après sa signature.

Ces stratégies consistant à instrumentaliser les mécanismes procéduraux de contrôle et d’équilibre sont anachroniques dans le monde imprévisible d’aujourd’hui, et elles coûtent cher à l’Europe. Selon une étude récente du Centre européen d’économie politique internationale (ECIPE), l’UE aurait sacrifié 183 milliards d’euros d’exportations et 291 milliards d’euros de produit intérieur brut en raison de son incapacité à ratifier l’accord UE-Mercosur. Le blocage et le populisme nuisent à l’image de l’Europe en tant que partenaire fiable. L’Europe a besoin de dynamisme collectif et d’action, pas d’inertie.

Parallèlement, l’Europe doit exploiter pleinement son propre potentiel de croissance en maîtrisant ce qui peut l’être. L’intégration du marché unique est essentielle, et le coût de sa fragmentation persistante est désormais évident. Des travaux du Fonds monétaire international publiés en décembre 2024 estiment que les barrières restantes au sein du marché unique équivalent à des droits de douane d’environ 44 % sur les biens et de 110 % sur les services. Selon l’institut allemand ifo, une réduction de ces obstacles de 25 % pourrait accroître la valeur ajoutée brute de l’UE d’environ 350 milliards d’euros à long terme.

Un article de la Banque centrale européenne publié en janvier 2026 estime que les frictions commerciales à l’intérieur du marché unique sont plus contraignantes que les droits de douane les plus élevés brandis par Donald Trump l’an dernier, et que le commerce des services entre États membres est presque deux fois plus coûteux que les échanges à l’intérieur des frontières nationales. Attendre un nouveau moment «Eureka», à l’image du traité de Maastricht en 1992, ou multiplier les communications ambitieuses sur la compétitivité ne permettra pas de résoudre cette crise. La future feuille de route pour le marché unique doit définir un itinéraire clair pour lever les « dix obstacles majeurs » identifiés par la Commission européenne l’an dernier, et fixer des jalons permettant d’en mesurer les progrès. Achever le marché unique aujourd’hui relève moins de grands gestes politiques que de la capacité à agir concrètement. Cela suppose la suppression méthodique, fondée sur des données probantes et un dialogue étroit avec les entreprises, des barrières réglementaires disproportionnées, une à une. Ce travail technocratique ne fera peut-être pas la une des journaux, mais c’est la condition pour libérer un potentiel de croissance considérable et renforcer la sécurité économique et l’autonomie stratégique de l’UE.

Les avancées du marché unique nécessitent l’adhésion politique des États membres. Des mesures qui peuvent sembler efficaces au niveau national peuvent néanmoins freiner la force collective et la compétitivité de l’Union. C’est une réalité difficile à accepter dans de nombreux pays, et qui s’est souvent révélée indigeste par le passé. Mais pas partout. Les pays du Benelux ont, depuis de nombreuses années, fait figure de pionniers de l’intégration économique européenne en adoptant des initiatives communes pour renforcer la coopération transfrontalière dans les domaines du numérique, de l’énergie et de la mobilité de la main-d’œuvre. Les États baltes, quant à eux, intensifient leur coopération transfrontalière, notamment dans les secteurs de l’énergie, des services financiers et des infrastructures de transport.

Ces initiatives renforcées en faveur de la coopération économique et de la levée des obstacles devraient servir de socle à des efforts plus larges visant à permettre aux entreprises de faire du commerce facilement au-delà des frontières dans l’ensemble de l’UE.

Le marché unique n’est pas une fin en soi. Il ne doit pas non plus devenir un cadre dans lequel les décideurs poursuivent une multitude d’objectifs et de stratégies politiques. Le marché unique est un mécanisme conçu spécifiquement pour garantir la libre circulation des personnes, des biens, des capitaux, des services et des connaissances. Avec un engagement politique durable au plus haut niveau, il peut devenir le véritable atout stratégique de l’Europe, stimuler la croissance et renforcer l’influence économique mondiale de l’UE, fondée sur ses valeurs.

Nous appelons les dirigeants européens à garder cet objectif à l’esprit et à adopter une stratégie ambitieuse d’intégration du marché unique lors de leur réunion à Alden Biesen, pour le reste de la législature. »