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SnapSwap, la startup qui bouscule la banque

17.09.2020 08:00

Snapswap

Denis Kiselev CEO, SnapSwap

SnapSwap, une fintech luxembourgeoise ayant obtenu le statut d’établissement de monnaie électronique en Europe, propose aux institutions financières des outils innovants et particulièrement flexibles, d’identification digitale, de paiement et de gestion des dépenses à l’usage des entreprises. Après une phase test qui a tenu toutes ses promesses, la mise sur le marché début septembre 2020 d’une carte bancaire pour les paiements et gestion des dépenses en ligne - Everest - est programmée. Un timing parfait pour Merkur qui est allé à la rencontre de Denis Kiselev, le fondateur et CEO de la jeune entreprise installée au sein de la House of Startups, et qui compte déjà 25 personnes.

Pouvez-vous nous décrire votre parcours ?
Je suis originaire de Russie, mais j’ai fait mes études aux Etats-Unis. Je suis diplômé en informatique et en économie et j’ai toujours gardé un intérêt pour la technologie. J’ai commencé ma carrière dans les  services financiers à la Banque mondiale et pendant une vingtaine d’années, j’ai occupé divers postes  de direction. Avant de venir m’installer au Luxembourg en 2015, j’avais déjà créé une fintech à Seattle et San Francisco.

Pourquoi avez-vous posé vos valises au Luxembourg ?
Si vous n’êtes pas un établissement bancaire agréé, il est très compliqué d’exercer son activité aux Etats-Unis. Il vous faut une licence dans chacun des cinquante états pour pouvoir proposer vos services. Tout est beaucoup plus simple en Europe ! Une seule licence vous permet de vous développer dans toute l’Union européenne. Dès 2014, j’ai donc décidé de délocaliser ma société en Europe.
A San Francisco, j’avais fait la connaissance de Georges Schmit, alors directeur du Luxembourg Trade & Investment Office, en charge de rapprocher les sociétés innovantes américaines du Grand-Duché et consul général du Luxembourg. Sur ses conseils, j’ai choisi le Luxembourg pour y établir le siège international de SnapSwap. Le pays offre un écosystème attractif pour les fintech, grâce à son expertise en matière de services financiers. Il est doté d’infrastructures technologiques de pointe, d’incubateurs, de data centers certifiés, etc. La place financière luxembourgeoise est aussi le plus grand centre de fonds d’investissement en Europe et elle attire des capitaux et des talents du monde entier. Enfin, le Luxembourg est un pays stable qui offre un cadre juridique et opérationnel exceptionnel, grâce à une coopération étroite entre le gouvernement, le législateur et le secteur privé. C’est également un laboratoire multiculturel et multilingue idéal pour tester un nouveau produit ou service. En conclusion, le Grand-Duché offrait à mes yeux de nombreux atouts pour occuper une place de choix tant au niveau européen qu’international.

Quelles sont les principales innovations proposées par SnapSwap et de quelle manière accompagnent-elles la transformation numérique du secteur bancaire ?
Les institutions financières doivent se conformer à des réglementations toujours plus strictes en matière de lutte contre le blanchiment ou le financement du terrorisme, par exemple. Pour respecter leurs obligations de KYC (Know Your Customer), elles s’appuient sur des vérifications d’identité à la fois fastidieuses et onéreuses. En raison de ces contraintes, 75% des clients ne finalisent jamais le processus d’ouverture de compte, que ce soit auprès d’un établissement bancaire, d’une compagnie d’assurance ou d’une société d’investissement.
A l’heure actuelle, seuls 7% des comptes sont ouverts en ligne ! Pour répondre à cette problématique, nous avons développé Snaprove™, une solution KYC automatisée qui permet de finaliser l’acquisition de nouveaux clients en quelques minutes. Il s’agit d’une solution d’enrôlement digital (digital onboarding) performante permettant la saisie, le traitement, le stockage et le transfert sécurisé des données biographiques et biométriques. Snaprove™ s’intègre dans un support mobile ou un site internet et permet de vérifier l’identité du client, réaliser une due diligence et obtenir une signature électronique juridiquement valable.
Au cours des quatre dernières années, nous avons constamment amélioré notre technologie grâce à de nouvelles fonctionnalités développées avec l’aide du machine learning et nous avons pu augmenter ainsi la qualité des vérifications biométriques. Cette alternative digitale, rapide et sécurisée, centrée sur l’expérience de l’utilisateur, permet de convertir de nouveaux prospects en clients, conformément aux besoins des services financiers et en diminuant fortement les coûts. Elle est aujourd’hui utilisée par de nombreux acteurs financiers. Nous avons voulu développer notre solution d’enrôlement digital vers d’autres produits financiers.

Nous reviendrons plus tard sur vos nouveaux produits. Dès 2016, vous avez reçu l’autorisation d’opérer en tant qu’établissement de monnaie électronique sous l’égide de la Commission de surveillance du secteur financier (CSSF). Cet agrément a-t-il constitué un pas décisif pour SnapSwap ?
Absolument ! SnapSwap disposait déjà d’un agrément en tant qu'établissement de paiement du ministère des Finances. Mais la licence de la CSSF qui nous a été accordée le 23 août 2016, a été pour nous une première étape vers la création d’une plateforme de paiement autorisée à se développer dans un cadre bien établi de réglementation et de supervision financière. Dès l’obtention de cette licence, nous avons pu commencer nos activités en Europe à partir du Luxembourg. Nous trouvons que la CSSF et les régulateurs au Luxembourg, sont ouverts à l’innovation et apportent leur soutien aux nouvelles idées.

J’ai lu aussi que vous aviez participé à de nombreux concours et conclu des partenariats avec plusieurs fournisseurs de services majeurs, dont Mastercard…
En 2018, nous avons été sélectionnés au programme Start Path de Mastercard, à travers lequel Mastercard s’engage avec les fintech les plus prometteuses du monde entier. Par le biais de ce programme, nous avons présenté notre solution d’enrôlement digital Snaprove™dans de nombreux endroits : Miami, Mexico, Dubaï, Lisbonne, Londres, Dublin, etc. Après deux ans de travail, nous avons obtenu le statut de membre principal de Mastercard, ce qui est en général réservé aux grandes banques et aux principaux émetteurs de cartes.
En novembre 2017, nous avons postulé pour participer à la première édition de Techstars à Paris, un des plus grands programmes d’accélération de startups. Techstars a reçu plus de 800 candidatures du monde entier, et seules dix startups ont été sélectionnées. Nous sommes heureux d’avoir pu prendre part à ce programme dont les partenaires comptaient de grands noms, tels que Total, Groupama, la Française des Jeux (FDJ) et Accor Hotels. Nous avons commencé à tisser des liens avec Amazon Web Services lors du programme Techstars, et nous avons aujourd’hui un partenariat avec eux.
En 2017, nous avons été récompensés à Washington lors du concours « BBVA Open Talent ». Ce concours figure parmi les plus importants au monde pour les jeunes pousses dans les fintech. Il permet à BBVA de repérer de nouvelles solutions en vue d’un partenariat éventuel. Snaprove™ a été récompensée dans la catégorie « identité » pour son modèle automatique d’enregistrement et de vérification identitaire de l’utilisateur d’un compte de paiement mobile.

L’histoire de SnapSwap ne s’arrête sûrement pas en si bon chemin ! Quelle est la prochaine étape ?
Forts de notre agrément par la CSSF et de notre partenariat avec Mastercard, nous avons créé le projet Everest, un moyen de paiement et de gestion des coûts par carte. L’objectif est de déployer des produits financiers innovants permettant aux entreprises du monde entier de réduire notamment la barrière des coûts, ainsi que la complexité et les délais de traitement des opérations de paiement. D’après les études, 69% des chefs d'entreprise souhaitent changer de fournisseur de services bancaires. La technologie peut aider à fournir des outils avancés de gestion rapides et performants. Une entreprise utilisatrice peut obtenir des cartes virtuelles ou physiques, configurer les cartes Everest pour les paiements en ligne ou sans contact, gérer les alertes, activer et désactiver les cartes en quelques clics. Il lui est possible de contrôler les limites de dépense des cartes pour chaque membre d’une équipe. Nous avons intégré un module de notes de frais, avec ajout de justificatifs dématérialisés. L’outil permet d’effectuer des paiements sécurisés et instantanés, d’honorer ou d’émettre des factures. Il propose aussi des tableaux de bord de gestion des comptes avec une visibilité à 360° et en temps réel de toutes les opérations, et la possibilité d’exporter ces données pour faciliter la préparation d’un rapprochement comptable.
Autre innovation par rapport au système plus traditionnel bancaire, Everest offre une interface collaborative avec des systèmes de permissions, comme le paiement sans contact et de partage d’expérience entre membres. Notre souhait est de créer une communauté bénéficiant de services de technologie financière avancées et d’une gamme complète d’offres uniques, spécialement conçues pour les membres de la communauté Everest, comme par exemple des remises sur Amazon Web Services, des hébergements à des tarifs préférentiels, des partenariats avec des espaces de bureaux ou un accès privilégié à des Business Lounges dans les aéroports, etc. Certains partenariats ont été négociés par Mastercard, et nous négocions d’autres partenariats en direct.

Comment comptez-vous veiller au bon déroulement de la mise sur le marché d’Everest ? Quels sont vos objectifs ?
Après des premiers tests satisfaisants et une phase pilote réussie auprès d’une douzaine de membres partenaires, la mise sur le marché d’Everest est programmée pour le mois de septembre 2020. Le produit sera disponible dans un premier temps au Benelux, puis en France et en Allemagne. Everest sera ensuite proposé dans l’ensemble des pays de l’Union Européenne dès 2021. Nous avons pour objectif de couvrir rapidement tout le continent européen. Notre produit est unique au Luxembourg. A l’heure actuelle, la plupart des solutions digitales pour les services bancaires s’adressent aux particuliers. Or notre produit est conçu pour faciliter la vie des entreprises. A la différence de certains produits de nos concurrents qui offrent une partie de nos fonctionnalités, SnapSwap fournit une solution paneuropéenne, avec de multiples services liés. Cette évolution n'en est qu'à ses débuts ! L’Union européenne compte 25 millions de petites entreprises, qui emploient près de 100 millions de personnes. Le marché offre un fort potentiel de croissance.

Et de quelle manière financez-vous l’activité de votre entreprise ?
Nous finançons nos opérations très simplement et en toute transparence. En tant qu’émetteur, nous prélevons une commission d’interchange. Il s’agit d’une commission que le commerçant - et non le client- doit verser aux émetteurs de cartes de crédit pour les paiements effectués avec des cartes. Outre les commissions d’interchange, les commerçants doivent encore s’acquitter d’autres coûts dans le cadre de ce que l’on appelle la Merchant Service Charge (MSC), soit des frais fixes prélevés par les opérateurs de services. Mais notre carte Everest est très compétitive en matière de coûts : on voit, surtout dans ces domaines, les économies que les nouvelles technologies peuvent offrir tant pour le commerçant qu’in fine pour le client.

Ne craignez-vous pas que la crise sanitaire actuelle freine vos élans ?
La situation n’est simple pour personne, et aujourd’hui, nous restons concentrés sur le développement et la promotion de nos produits. Nous avons des partenariats solides, plus de 300 clients à satisfaire immédiatement et quelque 200.000 clients à servir d’ici 2021 au Benelux, et une solution globale novatrice, testée et approuvée.

Selon vous, pourquoi considère-t-on  parfois qu'entreprendre est difficile ?
Lorsque l’on crée son entreprise, il est assez difficile de trouver le juste équilibre entre la nécessité de garder une ligne dure et l’obligation de faire preuve de flexibilité. C’est ce qu’on appelle le « focus » - un exercice intéressant. Il faut à la fois persévérer pour garder le cap et rester à l’écoute de ses clients.

Un mot, une phrase qui vous inspire particulièrement ou qui vous tient à coeur ?
Je terminerai par cette citation qui m’est chère. Elle vient de Wayne Gretzky, le grand joueur canadien de hockey sur glace : « Je patine vers l'endroit où le palet va se trouver, pas vers l'endroit où il se trouvait. » (I skate to where the puck is going to be, not to where it has been).

www.snapswap.eu

TEXTE Marie-Hélène Trouillez - PHOTOS Matthieu Freund-Priacel/ Primatt Photography

Plusieurs membres de l’équipe SnapSwap.

Nuage, le chien de Denis Kiselev, ne quitte jamais son maître et articipe à toutes les manifestations au Luxembourg, comme à l’étranger.

Soutenu par Mastercard, un acteur majeur des cartes de paiement, Denis Kiselev a lancé le projet Everest pour remédier aux difficultés que rencontrent les entrepreneurs pour créer leur entreprise, ouvrir un compte ou obtenir une carte de crédit.

Arrivé des Etats-Unis au Luxembourg en 2015, Denis Kiselev apprend le luxembourgeois avec enthousiasme.

À mesure que les entreprises se développent, l’ambition de SnapSwap est d’aider ses membres à atteindre le sommet à l’image des sherpas du mont Everest.

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