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It sounds fantastic

05.07.2016 09:50

Vanessa Leiritz et Alexandre Gibert

La définition du métier, selon Alexandre : « C’est une industrie qui a gardé un côté artisanal. » Et selon Vanessa : « De grands rêves, beaucoup de travail et une pincée de chance. »

Differdange, décidément synonyme de créativité au sud du Luxembourg, abrite une petite société de postproduction sonore où oeuvrent deux passionnés qui mixent, doublent, ambiancent, bruitent, mettent en musique les films, séries ou dessins animés dont le public se régale.

Pouvez-vous nous raconter le parcours qui vous a amenés à vous rencontrer et à créer la société Soundtastic ?

Vanessa Leiritz :
« J’ai étudié l’anglais, l’allemand et l’espagnol à l’université de Metz. Étant Lorraine, j’ai ensuite postulé dans presque toutes les banques du Luxembourg. J’ai envoyé ma dernière lettre de candidature, qui correspondait à mon centième et dernier timbre, à une toute petite entreprise qui venait de se lancer dans la postproduction audiovisuelle. C’était l’entreprise d’Alexandre et il m’a embauchée. C’est assez fou, car mon rêve depuis l’âge de 16 ans était de faire un job ayant un rapport avec les dialogues de cinéma.

Alexandre Gibert : « Moi j’ai baigné dans ce milieu depuis ma naissance. Mes parents étaient déjà tous les deux dans le cinéma et la musique. Ils ont beaucoup voyagé, du Mexique, où ils se sont rencontrés, à la Suisse, où je suis né, en passant par l’Italie et le Québec, dont je suis originaire. Ils avaient créé leur société de postproduction et tout naturellement, j’ai commencé à travailler avec eux à Paris puis à Bruxelles. Quand ils ont pris leur retraite, j’ai lancé ma propre structure. C’est à ce moment-là que j’ai rencontré Vanessa.

Pourquoi avoir créé cette société au Luxembourg ?

A. G. :
« Parce que je voulais me spécialiser en postproduction. J’avais remarqué qu’il y avait beaucoup de sociétés de production au Luxembourg et donc beaucoup de projets audiovisuels intéressants, notamment des dessins animés, mais finalement relativement peu de prestataires de services pour ces productions. De plus, le fait que le Luxembourg soit situé au carrefour avec trois autres pays apporte une ouverture enrichissante sur d’autres façons de travailler. La chance nous a souri et nous avons vite rencontré des clients qui nous ont fait confiance sur de gros contrats. Cela nous a mis le pied à l’étrier.

C’était en 2002. Le marché était-il très différent à l’époque ?

A. G. : « Le contexte d’aujourd’hui est marqué par une exigence de rapidité qui est due à internet. Quand une série sort aux États-Unis par exemple, le public n’est plus prêt à attendre longtemps avant de la voir dans sa propre langue. Il faut donc travailler très vite pour diffuser les différentes versions linguistiques et couper court aux piratages éventuels. Il nous arrive même de travailler sur des produits non finis pour gagner du temps, ce qui était impensable quand nous avons démarré.

V. L. : « Ce qui a changé également, c’est la multiplication des canaux de diffusion. Il y a de plus en plus de chaînes de télé, par exemple, qu’il faut nourrir avec des programmes, mais l’argent consacré aux productions n’a pas augmenté dans les mêmes proportions. Ce qui fait que l’on travaille toujours plus, mais avec moins d’argent pour chaque projet. Heureusement, nous sommes compétitifs car nos locaux sont entièrement payés et nous sommes une petite équipe.

On imagine que c’est un métier où il faut avoir un solide réseau. Comment rencontre-t-on les clients ?

V. L. : « Pour se faire connaître en Europe, il faut absolument fréquenter les salons Mip-Com et MipTV à Cannes, qui rassemblent les marchés mondiaux, respectivement de la communication et de la télévision. Le salon Mifa d’Annecy est quant à lui le rassemblement majeur pour les films d’animation. C’est là que nous rencontrons nos clients producteurs et distributeurs, principalement français, américains et japonais. Quand ils sont satisfaits de notre travail, ils nous sollicitent à nouveau, mais c’est un marché où le turnover est énorme. Les sociétés de production apparaissent puis disparaissent. Il faut donc faire un démarchage permanent, ne pas avoir peur de travailler beaucoup et s’adapter sans cesse à de nouvelles demandes.

Pour les doublages, il faut aussi avoir accès à un vivier de comédiens…

V. L. : « Nous allons très souvent au théâtre au Luxembourg, en France et en Belgique pour repérer des talents. Pour les voix allemandes, nous avons des partenariats.

A. G. : « Certains acteurs étrangers ont leurs voix européennes officielles. Donc nous plupart du temps, nous essayons de faire travailler prioritairement des artistes de la Grande Région. Au besoin, nous les formons au doublage, d’un point de vue artistique et technique. Il s’agit d’un exercice très particulier où l’on ne peut pas utiliser son corps pour s’exprimer, mais au contraire où l’on doit accompagner la gestuelle d’un autre.

En tant que professionnels, vous êtes plutôt pour le doublage ou le sous-titrage ?

V. L. : « Pour les puristes, le nec plus ultra est la version originale sous-titrée, mais si l’on ne comprend pas la langue originale du film, il faut être conscient que l’on perd beaucoup de nuances des dialogues avec le sous-titrage. Celui-ci nécessite toujours de résumer les propos, car nous sommes limités en taille et en temps d’affichage. Finalement, un bon doublage est souvent préférable.

Comment est la concurrence dans la postproduction sonore ?

A. G. : « En doublage, nous sommes quasiment les seuls sur le Luxembourg. En postproduction et design sonores (musique, bruitage, ambiance, postsynchronisation…), il y a au moins quatre ou cinq acteurs, mais il y a du travail pour tout le monde. Certains se spécialisent même dans une catégorie de services spécifiques. Nous, par exemple, nous aimons particulièrement travailler sur les dessins animés même si nous sommes capables de tout faire.

Qu’est-ce que vous préférez dans votre métier ?

V. L. : « L’absence de routine, le côté artistique, le fait de devoir se renouveler sans cesse.

A. G. : « La variété des sujets, celle des techniques que nous devons utiliser, plus le fait qu’il faut être réactif et imaginatif.


Quel est votre meilleur souvenir professionnel ?

V. L. : « Quand Tchéky Karyo est venu faire un enregistrement dans nos studios il y a quelques mois. Nous avons passé une très bonne journée avec lui et nous avons eu d’énormes fous rires.

A. G. : « Je ne suis pas tellement ‘souvenirs’, je suis plutôt ‘avenir’, donc monmeilleur souvenir c’est quand on aura terminé tous les travaux dans les studios.

Pour terminer, quels sont vos coups de coeur en matière de films ?

V. L. : « Tous les films des années 50.
A. G. : « J’aime beaucoup la série Game of Thrones. Je trouve que c’est un projet ambitieux et original. »

www.soundtastic.eu

Texte : Catherine Moisy - Photos : Emmanuel Claude / Focalize

Les infrastructures de Soundtastic se composent de trois studios permettant de travailler sur plusieurs projets en parallèle : un studio de 25 m2 pour les enregistrements voix, un autre de 60 m2 pour la musique et les bruitages et un dernier de 85 m2 pour les mixages cinéma.

La définition du métier, selon Alexandre : « C’est une industrie qui a gardé un côté artisanal. » Et selon Vanessa : « De grands rêves, beaucoup de travail et une pincée de chance. »