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Le système d’éducation secondaire luxembourgeois : une analyse coûts/bénéfices

20.10.2014 11:16

Actualité & tendances n°16

Un des objectifs poursuivis par l’éducation secondaire est de viser une insertion réussie des jeunes sur le marché du travail et de favoriser leur ascension sociale et professionnelle. Cette mission ne peut être remplie au Luxembourg sans  tenir compte de la diversité sociale, culturelle et linguistique de la population, qui est à 45% de nationalité étrangère, avec une communauté portugaise qui représente à elle seule 16% des résidents. A cette réalité démographique, unique en Europe, s’ajoutent des contraintes diverses : une marge de manœuvre budgétaire limitée, une pénurie d’enseignants pour les mathématiques et les sciences, une inertie certaine au changement, etc.

La société luxembourgeoise a profondément évolué depuis la fin des années 1960. Or, la loi qui régit l’enseignement secondaire date de 1968 et n’a plus été revue en profondeur depuis.

Une réforme de l’enseignement secondaire est actuellement en cours de discussion. La Chambre de Commerce prend part au débat en consacrant l’édition numéro 16 de son bulletin « Actualité & tendances » à une analyse approfondie du sujet. Outre les défis, le document présente un ensemble de pistes de réflexions et de recommandations visant à rendre le système plus inclusif et plus efficient. Son objectif principal étant d’effectuer une analyse économique de type  « entrée/sortie » du système, le volet pédagogique du système luxembourgeois ne sera par conséquent pas abordé.

Quelques caractéristiques étonnantes

  • Plus de 2/3 des élèves du secondaire fréquentent l’enseignement secondaire technique (EST) au cours de l’année scolaire 2012/2013. Plus de 44% de ces élèves sont de nationalité étrangère.
  • 28% des élèves de l’enseignement secondaire classique (ESC) suivent leur scolarité dans des établissements luxembourgeois n’appliquant pas les programmes officiels (établissements privés et/ou internationaux et/ou à pédagogie alternative) et 2.123 élèves sont scolarisés à l’étranger. La politique éducative luxembourgeoise ne touche donc pas directement ces catégories d’élèves.
  • Le nombre d’élèves non luxembourgeois est en hausse constante, du fait de l’afflux de ressortissants étrangers, qui s’est accentué ces 15 dernières années. La proportion d’élèves du secondaire qui ne parlent pas le Luxembourgeois à domicile approche les 50%. 
  • Pour enseigner au Luxembourg, la maîtrise des trois langues officielles est requise, ce qui complique le recrutement de professeurs en général, et de professeurs étrangers, en particulier.
  • Le taux de redoublement est particulièrement élevé au Luxembourg. Ce phénomène, allié à une scolarité plus longue qu’ailleurs en Europe, fait que les élèves luxembourgeois arrivent plus tard sur le marché du travail.

Des budgets importants

L’analyse des « coûts » de l’éducation secondaire montre que le montant des dépenses par élève au Luxembourg surplombe largement celui des autres pays de l’OCDE. Les dépenses pour l’éducation secondaire, en forte augmentation, représentent, en 2010, un coût par élève de 14.118 EUR, soit près du double de la moyenne européenne.

Les montants élevés consacrés à l’enseignement trouvent leur principale explication dans le niveau de rémunération du personnel (enseignant et non-enseignant) ; ce poste représente à lui seul plus de 73% des dépenses totales dans l’enseignement secondaire classique (ESC).

A ce premier constat, il faut ajouter l’impact du taux important de redoublement au Luxembourg, qui a pour effet d’allonger la durée de scolarité et d’augmenter le coût d’un diplôme.

Des résultats et performances insuffisants

Pour tenter de mesurer l’efficience de ces dépenses en éducation, la Chambre de Commerce a analysé les résultats d’enquêtes réalisées auprès d’élèves ainsi qu’une étude macro-économique réalisée sur un échantillon de pays.

Côté performances des élèves, les résultats de l’enquête PISA, qui fait référence au niveau international, révèle, édition après édition, les faiblesses du système luxembourgeois : écarts importants entre élèves de racines luxembourgeoises et élèves issus de l’immigration, entre élèves de différents milieux socio-économiques et entre filles et garçons, selon les matières.

Des épreuves spécifiques au Luxembourg sont également réalisées. Ces dernières font apparaître des observations et des résultats semblables à ceux de PISA. Cela questionne la capacité du système scolaire à offrir les mêmes chances à tous.

L’étude macro-économique enfin souligne une certaine inefficience, puisque le Luxembourg obtient généralement de moins bons résultats, avec un budget bien supérieur à celui des autres pays étudiés.

Des défis clairement identifiés

La Chambre de Commerce a identifié les principaux défis qui se posent au système d’éducation secondaire luxembourgeois. Si le pays ne souhaite pas reproduire certaines inégalités, de génération en génération, voire les renforcer, il faudra s’attaquer en priorité aux défis suivants :

  • Décrochage scolaire et taux de redoublement,
  • Apprentissage des langues,
  • Orientation précoce,
  • Equité du système.

Sur ces thématiques, quelques pays, qui connaissent également, pour certains, un maillage linguistique complexe allié à un afflux considérable de populations étrangères, peuvent servir de modèles et d’inspiration, ayant mis en place avec succès des initiatives innovantes et fructueuses. Il s’agit notamment des Pays-Bas, du Canada, de la Suisse, de la Finlande et de Singapour.

Pour une éducation présentant une meilleure adéquation avec les besoins de la société et les exigences du monde économique, la Chambre de Commerce propose quelques pistes, rassemblées en 4 thématiques.

Quatre leviers d’action pour maîtriser les coûts et améliorer les performances

Agir au niveau de l’organisation de l’enseignement

  • L’orientation par filières : évaluer l’impact d’un retardement de l’âge de l’orientation ; accroître les passerelles entre les filières ; analyser la possibilité de transposer le concept dit de « Gesamtschule » (tronc commun entre les élèves du cycle inférieur de l'ESC et de l'EST). 
  • L’enseignement des langues : offrir des cours de langues à plusieurs niveaux pédagogiques ; proposer l’enseignement des branches non linguistiques, au choix, en allemand ou en français ; proposer aux élèves à potentiel élevé, ayant des lacunes en langues, un soutien spécifique, etc. 
  • Le retard scolaire : offrir un encadrement plus individualisé ; mieux gérer l’hétérogénéité ; introduire une orientation axée sur les forces de l’élève et la multiplication des passerelles pour faciliter l’orientation « vers le haut » ; mieux accompagner la transition entre l’enseignement fondamental et l’enseignement secondaire.

Agir au niveau de la structure du système scolaire

  • La forme du système scolaire : analyser les conséquences d’une réduction du nombre d’année d’études de 13 à 12 ans ; permettre aux enfants nés entre le 1er septembre et le 31 décembre d’une année N d’entrer à l’école en même temps que les enfants nés entre le 1er janvier et le 31 août de l’année N. 
  • Les pratiques pédagogiques : instaurer une meilleure prise en compte des spécificités d’apprentissage liées au genre ; établir un système d’entraide entre les élèves les plus performants et ceux connaissant des difficultés ; cibler les besoins des élèves luxembourgeois et portugais qui représentent plus de 85% des élèves. 
  • L’évaluation du système : convenir de critères pertinents, objectifs et transparents pour la mesure de la qualité ; instaurer une évaluation régulière des enseignants, conçue comme une aide à l’amélioration continue ; garantir une grande transparence des évaluations. 
  • L’autonomie des lycées : laisser une marge de manœuvre aux lycées pour qu’ils puissent développer leurs particularités et répondre aux spécificités de leur contexte local tout en préservant la cohérence de l’enseignement et l’équité des chances. 
  • La rémunération des enseignants : revoir le système de manière à lier une partie de la rémunération à une notion de performance ; revoir le système des coefficients. 
  • Le système des décharges : revoir la liste complète des décharges. Celles-ci font baisser le nombre d’heures prestées alors même que le Luxembourg se trouve face à une pénurie d’enseignants.

Agir au niveau des enseignants

  • La formation initiale et continue : mettre l’accent sur la didactique et la pratique au cours de la formation des enseignants ; familiariser les enseignants avec le monde économique réel (visites ou micros stages en entreprises) ; développer davantage la formation continue des enseignants tout au long de leur carrière. 
  • Les professeurs étrangers : étudier la possibilité d’une dispense de maîtrise de la langue luxembourgeoise pour les cours dispensés à des élèves de plus de 15 ans et pour les cours de mathématiques.

Agir au niveau des relations écoles/entreprises

  • Les rencontres élèves/entreprises : systématiser les stages de découverte et d’observation en entreprise ; organiser des conférences thématiques dans les lycées ; proposer aux élèves de rencontrer des entrepreneurs. 
  • Les rencontres enseignants/entreprises : associer un expert professionnel et un professeur sous forme de «Team Teaching» afin de faciliter la mise en pratique de la théorie apprise à l’école ; impliquer des professionnels issus des entreprises dans les commissions de programme ; désigner dans chaque lycée, une personne responsable de la relation avec le monde professionnel. 

La Chambre de Commerce est d'ores et déjà active à ce niveau, notamment par son programme « Relation  Ecole-Entreprise », et demeure à la disposition du Gouvernement pour développer les initiatives proposées sur le terrain et pour étendre ses actions de coordination et de promotion dans ce domaine.

Au-delà des réformes structurelles, c’est un véritable changement de mentalité qui doit être opéré au Luxembourg. L’Allemagne peut par exemple être prise comme modèle, pour la valeur qu’elle accorde à la formation professionnelle. En effet, celle-ci est insuffisamment reconnue au Luxembourg et fait trop souvent office de dernière solution pour les élèves qui ne parviennent pas à suivre les autres filières.

La 16e édition du bulletin économique « Actualité & tendances » peut être téléchargée gratuitement ci-dessous.